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La gourme

Par Albertine LEON (1) et Sophie PRADIER (2)

La gourme est une maladie bactérienne très contagieuse décrite depuis le Moyen Âge. La bactérie responsable de cette infection est Streptococcus equi subsp equi (S. equi equi). Elle se transmet par contact direct avec des sécrétions nasales, oculaires ou provenant de nœuds lymphatiques abcédés, ou indirectement par contact avec un milieu (écurie, pâturage, eau de boisson…) ou matériel (seaux, brosses…) contaminés.

La gourme revêt différentes formes cliniques et lésionnelles (Tableau 1), dépendantes du statut immunitaire du cheval infecté, mais aussi de la gestion médicale et sanitaire de la maladie.

La forme classique est simple à identifier, elle se caractérise par de l’hyperthermie (> 39,4°C), un abattement, la présence d’un jetage muco-purulent et une forte inflammation des muqueuses de la tête et de la gorge, accompagnée d’une hypertrophie des nœuds lymphatiques mandibulaires et rétropharyngiens. Généralement, l’évolution est favorable, les abcès s’ouvrent et laissent échapper un pus épais et jaunâtre. Même si la majorité des chevaux guérissent spontanément sans séquelles en 2 à 4 semaines, certains développent des formes plus graves (purpura hémorragique, dissémination de la bactérie à l’abdomen causant des abcès difficilement traitables). Les nœuds lymphatiques rétropharyngiens médiaux peuvent aussi s’abcéder dans les poches gutturales, causant de la dysphagie, un empyème (amas de pus dans une cavité naturelle) et la potentielle formation de chondroïdes (cf image du tableau 1). Tous les nœuds lymphatiques ne sont pas atteints en même temps et leur développement peut être si conséquent qu’il peut conduire à l’asphyxie (d’où le nom de « Strangles » en anglais) et la mort de l’animal sans intervention.

Une gourme est importante à rechercher chez tout cheval avec une dysphagie, des troubles atteignant les voies respiratoires supérieures ou un jetage intermittent d’origine inexpliquée.
La maladie touche principalement les jeunes chevaux (entre 1 et 5 ans), mais toutes les catégories d’âge peuvent être concernées. Dans les effectifs sensibles, la morbidité peut aller jusqu’à 100% et la mortalité peut atteindre 10%. Si la maladie évolue sans traitement, plus de 75 % des individus acquièrent une immunité protectrice durant plusieurs années.

Une épizootie est souvent déclenchée par la résurgence de la maladie chez un cheval porteur sain présent dans un effectif ou introduit dans un effectif indemne sans tests diagnostiques préalables. Le siège principal du portage est la poche gutturale, avec une persistance pouvant aller jusqu’à 39 mois (Newton et al., 1997). C’est ce qui constitue le facteur de risque épidémiologique majeur de cette infection, d’où l’importance de savoir détecter ces individus de façon fiable.

Le diagnostic étiologique de la gourme peut être réalisé par des méthodes directes (culture ou PCR) à partir de divers prélèvements : écouvillons naso-pharyngés, lavage des cavités nasales ou des poches gutturales (prélèvement recommandé pour le dépistage des porteurs sains), échantillons de pus ou de jetage purulent et prélèvement des nœuds lymphatiques abcédés. La culture bactérienne reste longue et complexe, faute de gélose sélective commercialisée. La PCR permet de confirmer un cas de gourme en quelques heures.  Différentes approches diagnostiques par biologie moléculaire ont été développées à travers le monde et en ciblant plusieurs facteurs de virulence. 

Le diagnostic de la gourme peut également être réalisé par des méthodes indirectes sérologiques de type ELISA. Ces tests permettent des enquêtes de groupe à moindre coût et donne la possibilité de connaitre le statut immunitaire d’un cheval vis-à-vis de S. equi equi.
Malgré la disponibilité de nombreux tests, il n’existe pas de consensus sur l’utilisation de tel ou tel test diagnostique en fonction des différentes phases de la maladie (cheval indemne, porteur sain ou malade).

L’administration d’antibiotiques à un stade précoce de la maladie n’est pas conseillée, elle peut inhiber le développement d’une immunité protectrice qui peut durer jusqu’à 5 ans. Aucune résistance aux antibiotiques n’ayant encore été décrite pour les souches de S. equi equi, la pénicilline reste l’agent antimicrobien de choix à utiliser lorsque cela est nécessaire (Sweeney et al., 2005).

La lutte contre cette maladie très contagieuse passe par le dépistage précoce des chevaux excréteurs et par l’application de mesures strictes de prévention sanitaire : mise en quarantaine pour les nouveaux arrivants, isolement des malades et des excréteurs par la mise en place d’un circuit de soins selon un zonage de la structure en fonction des différents cas : malade avec signes cliniques, animaux ayant été en contact avec les malades ou individus sains. Tout matériel et box en contact avec le cheval malade doit être scrupuleusement nettoyé et désinfecté. Il est important de se laver et désinfecter les mains après avoir manipulé un animal contaminé, la main de l’homme pouvant devenir momentanément porteur de la maladie. Aucun vaccin contre la gourme n’est actuellement commercialisé en France.

Références bibliographiques

Boyle A. Streptococcus equi subspecies equi Infection (Strangles) in Horses. Compendium: Continuing Education for Veterinarians 2011- Vol. 33/n°3. P1-7.
Newton J., Wood J.et al., Naturally occurring persistent and asymptomatic infection of the guturral pouches of horses with Streptococcus equi. Vet Rec, 1997, 140 : 84
Sweeney C, Timoney J, Newton J, Hines M. Streptococcus equi infections in Horses : Guidelines for treatment, control, and Prevention of Strangles. J Vet Intern Med 2005 – Vol. 19. P123-124.
Pratique vétérinaire équine 2013 - Vol. 45/n°178.

(1) LABÉO Frank Duncombe, U2RM (Equipe E2), Université de Caen-Basse Normandie

(2) INRA, UMR 1225 Interactions Hôtes Agents Pathogènes (IHAP), Université de Toulouse, INP Ecole Nationale Vétérinaire de Toulouse