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Bilan de la saison 2009-2010 du sous réseau « Avortement » du RESPE

Stéphane CHAFFAUX (1) et coll.

Au cours de cette deuxième saison d’existence (octobre 2009 à juillet 2010), le sous réseau a enregistré 228 déclarations d’avortement. Soit une augmentation de 52% par rapport à la saison précédente. Ces déclarations proviennent de vétérinaires sentinelles répartis sur 31 départements différents.

Les données épidémiologiques sont encore trop souvent incomplètement renseignées. Aucun mouvement et/ou introduction d’animal n’est signalé dans l’écurie durant le mois précédent l’avortement dans 67% des cas. En revanche, dans un tiers des cas, au moins un avortement a précédé l’avortement présent. Dans 76% des écuries les rappels de la vaccination contre l’herpès virus équin de type 1 sont à jour, ce qui signifie que dans près d’un quart des cas, le cheptel n’est pas vacciné contre HVE-1.

Les déclarations concernent majoritairement des poulinières appartenant à des races de sang (84%). L’âge moyen de la poulinière avortant est de 9,8 ans. Dans un tiers des cas on observe l’expulsion à terme d’un fœtus mort ou malade. Dans 63% des cas l’avortement est observé durant le dernier trimestre de la gestation.

La grande majorité (77%) de ces avortements ne sont pas précédés de prodromes et ne sont pas accompagnés de symptômes, ni suivis de complications. Dans seulement 12% des cas des pertes vulvaires sont signalées et dans 5% de l’hyperthermie est enregistrée. Il semble que beaucoup d’avortements (72%) soient suivis d’une délivrance spontanée et complète. Les deux tiers de ces annexes fœtales paraissent macroscopiquement anormales. Des lésions inflammatoires sont décrites dans 82% des cas. Il s’agit le plus souvent de lésions de placentite, généralisée ou localisée à l’étoile cervicale ou à la base de la corne gravide, se présentant sous forme d’abcès ou de plages décolorées, purulentes ou nécrotiques. Dans seulement 6% une torsion du cordon a été diagnostiquée. A terme, l’avorton a été vu vivant dans 21% des cas. La survie de ces produits varie alors de quelques minutes à 5 jours ; le plus souvent sa durée n’est que de quelques heures.

L’examen nécropsique du fœtus a été, cette année, réalisé pour 84% d’entre eux. Un quart de ces examens n’a révélé aucune lésion macroscopique significative et 14% n’ont pas fourni d’observations du fait de l’autolyse. Les lésions pulmonaires sont les plus fréquentes (19%) : ce sont principalement des densifications pulmonaires et plus rarement des suffusions, des pétéchies, des pleurésies ou des hydrothorax. Viennent ensuite des lésions de type inflammatoire (congestion généralisée, pétéchies, suffusions…). Dans seulement 7% des cas des lésions hépatiques sont notées et dans 6% des cas des œdèmes généralisés ou localisés.

Comme pour la saison précédente, aucun résultat PCR positif n’a été trouvé, ni pour le virus de l’artérite, ni pour la recherche des leptospires.

En revanche, 11 résultats furent positifs pour le virus HVE-1, soit 5% des cas. Son incidence ne semble pas évoluer par rapport à l’année précédente (5,5% pour la saison 2008-2009). Elle est par ailleurs similaire à celle observée dans les autres pays. Ces infections concernaient des juments de sang (7 PS, 3 TF et 1 SF). Toutes, sauf la SF, étaient à jour de leur vaccination herpès ; elles appartenaient à des élevages dont les effectifs étaient relativement importants. On peut donc penser que la vaccination limitant la diffusion de l’infection dans les élevages, les cas d’avortement demeurent sporadiques. Il est à remarquer que dans le foyer non vacciné, un autre cas d’avortement, sans diagnostic étiologique malheureusement, a été observé.

L’âge moyen de ces 11 juments (10,8 ans) et le moment de l’avortement (8,9 mois) confirment que l’avortement herpétique est tardif et qu’il s’observe chez des juments d’âge. Aucun signe ne paraît pathognomonique de l’avortement herpétique. Cependant, les autopsies réalisées confirment que les lésions pulmonaires dominent le tableau nécropsique de l’avorton infecté par HVE-1.

HVE-4 fut mis en évidence 6 fois. Mais dans 4 cas, ce fut seulement à partir d’un écouvillonnage de l’endocol utérin, ce virus n’étant pas retrouvé sur les organes du fœtus ni sur ses annexes. Dans un cas cependant, HVE-4 a été mis en évidence sur l’écouvillon et le chorion et dans un autre cas dans le foie et les poumons de l’avorton. Ce virus est donc bien abortif, mais son implication lors d’avortement est rare.

Cette saison, la recherche des anticorps anti-leptospires par la technique de micro-agglutination (M.A.T.) a été mise en œuvre sur 117 sérums de jument. 69 de ces sérums se sont révélés positifs pour au moins 1 sérovar, à une dilution égale ou supérieure à 1/200, soit 59% de résultats positifs.

Sur les 117 juments, 24 (20%) présentent un taux en anticorps sériques égal ou supérieur à 1/800 pour au moins 1 sérovar et parmi celles-ci 8 un taux égal ou supérieur à 1/1600. Pour 17 de ces 24 juments le placenta a été examiné et des lésions de placentite furent décrites dans 10 cas (59%). Les 17 avortons correspondant ont été autopsiés. Six autopsies n’ont rien révélé, les autres mirent en évidence des lésions diverses dont des lésions pulmonaires (3 fois), hépatiques (2 fois) et « infectieuses » (2 fois).

Parmi les 8 juments présentant des taux sériques en anticorps anti-leptospires supérieur ou égal à 1/1600 pour au moins un sérogroupe, on observe 3 juments de trait, alors qu’elles ne sont que 9 dans l’effectif total.

Cependant, il est difficile de conclure à partir de ces résultats sérologiques, sur le rôle exact des leptospires dans les avortements.

Conclusion

Le RESPE a permis d’évaluer l’incidence des maladies surveillées considérées comme majeures établie à partir d’un diagnostic étiologique de certitude pour 5,7% des avortements (résultats positifs en virus herpès) : ce score atteint 16% si l’on intègre les 24 juments dont les sérologies leptospiroses ont des taux égaux ou supérieurs au 1/800. Ces taux confirment la faible implication de ces pathogènes lors d’avortement.

Le rôle des leptospires dans les avortements doit être mieux évalué en améliorant la qualité des observations et des prélèvements, en complétant les outils de diagnostic et en réalisant un suivi des foyers.

L’amélioration des diagnostics étiologiques des avortements impose le recours systématique aux autopsies complétées par l’histologie (et la bactériologie) des fœtus et des annexes.

(1) INRA